De réfugiée sans papier à gérante d’un restaurant à Genève, le parcours de Georgia Al-Zahr
Du Koweït à la Suisse en passant par la Syrie
D’origine syrienne, Georgia est née et a passé son enfance et son adolescence au Koweït. Elle part ensuite à Amman, en Jordanie suivre des études de finance puis commence à travailler dans le secteur bancaire à Damas, capitale de la Syrie. Malgré l’éclatement de la guerre en 2011, Georgia décide d’y rester. Mais ses parents, inquiets, parviennent finalement à la convaincre de revenir au Koweït en 2013 où elle réside jusqu’en 2017. C’est cette année-là que la banque qui l’employait la licencie. Dans ce pays, les règles sont claires : les ressortissants étrangers qui ne disposent pas d’un permis de séjour délivré par un employeur doivent quitter le territoire. Georgia est coincée ; la situation en Syrie est dramatique : impossible pour elle de rentrer au pays. La jeune femme pense alors rejoindre l’Allemagne ou vivent déjà son frère et sa sœur mais c’est tout compte fait à Genève qu’elle dépose ses valises en février 2018 : « Un de mes amis d’enfance s’y était installé il y a longtemps. Il m’a dit : ‘Quand tu seras stable ici, tu me remercieras.’ »

Un long chemin administratif
A son arrivée en Suisse, Georgia entame des démarches auprès de l’OCPM (Office cantonal de la population et des migrations). Elle bénéficie du soutien de l’Hospice général mais reste plus de trois ans dans un flou juridique et administratif. Sans permis, l’ancienne banquière décide de s’adresser à l’association Elisa asile qui lui fournit une aide juridique. La désormais trentenaire obtient un permis F en 2021 puis un permis B en 2024.
Des bienfaits du CrossFit
Durant ces années sans statut clair, Georgia apprend le français et tient le coup en faisant du CrossFit qu’elle pratiquait déjà quand elle vivait au Koweït. A mi-chemin entre le fitness et la musculation, c’est « un sport addictif qui permet aussi de rencontrer des gens », selon les mots de Georgia. « Je me suis fait des amis suisses en une semaine. Au début, ils ne savaient pas que je n’avais pas de papier. » Rapidement, le directeur de son club, devenu un ami, lance une souscription auprès des membres afin que Georgia puisse passer un diplôme de coach sportif. Ensemble, ils lancent un projet pour ouvrir l’accès du Crossfit aux personnes réfugiées et requérantes d’asile. D’un tempérament déterminé, Georgia applique les devises de ce sport à son quotidien : Keep going, challenge your limits* ou encore It will never get easier but you’re getting stronger.** « C’est une école de vie » résume-t-elle.
Georgia’s bread ou les débuts de l’entreprenariat
En parallèle, Georgia s’intéresse à la nutrition, et en particulier à la micronutrition, populaire dans les milieux sportifs. « J’ai commencé à développer des recettes saines, notamment des cakes sans sucre et contenant beaucoup de protéines. » Elle distribue ses gâteaux à ses amis du CrossFit. « Ils disparaissaient à toute vitesse. » Quelqu’un lui suggère alors de les mettre en vente. Elle les dépose dans un panier avant les cours et laisse les gens la rémunérer au chapeau. Motivée, l’apprentie cuisinière fait part de cette expérience à son assistante sociale qui la met en contact avec l’association Singa qui la soutient encore aujourd’hui, notamment à travers du mentorat. Cette organisation à but non lucratif accompagne des personnes issues de l’asile dans leur projet d’entrepreneuriat. C’est le début de l’aventure culinaire Georgia’s bread. La trentenaire confectionne des pains et des gâteaux équilibrés avec des ingrédients naturels et des fruits de saison.

Bab Simsim : une porte qui s’ouvre
Georgia enchaîne en tant que responsable du service traiteur chez Cuisine Lab. C’est là qu’elle fait la connaissance de son futur associé, Charbel El Feghali. Celui-ci est le propriétaire de l’épicerie Lyzamir à Genève et fournissait les épices à Cuisine Lab. Lors d’une manifestation pour la Palestine, Charbel informe Georgia qu’une arcade vient de se libérer à la rue du Prince. Il lui fait une proposition difficile à refuser : souhaiterait-elle ouvrir un restaurant avec lui et son associée Yasmina Wakim ? En avril 2024, Georgia quitte Cuisine Lab après deux ans de travail et se lance en tant que cogérante du Bab Simsim. « Les travaux de rénovation ont pris beaucoup plus de temps que prévu » explique Charbel mais les trois amis inaugurent finalement l’établissement en mars 2025. En arabe, Bab Simsim signife « porte sésame », une porte qui s’ouvre sur une cuisine levantine moderne et rappelant les recettes maternelles et les saveurs de leur enfance. Aujourd’hui totalement indépendante financièrement et parfaitement intégrée à Genève, Georgia peut désormais compter sur une clientèle fidèle et gourmande.
Bab Simsim
10, rue du prince
1204 Genève
* Continue, repousse tes limites !
** Ca ne sera jamais plus facile, mais tu seras de plus en plus forte !
Photos : Nora Teylouni