Retour 19 mars 2026

Se rapprocher des entreprises pour favoriser l’insertion des personnes accompagnées

Mardi 3 mars au matin, dans les locaux du service d’insertion professionnelle à Louis-Casaï, l’unité contact entreprise a organisé une rencontre inédite réunissant entreprises et bénéficiaires de l’Hospice général. Cette initiative s’inscrit dans une volonté claire : rapprocher le monde économique et les personnes en recherche d’emploi afin de faciliter leur (ré)insertion sur le marché du travail.

Lors de cet événement, parmi les dix entreprises conviées actives dans les domaines du nettoyage, bâtiment, génie civil, voirie, paysage et jardinerie, huit étaient présentes : Colas, Guimet, ISS, Jacquet, Jean Lanoir, Orllati, Vebego ainsi que le service de voirie de la Ville de Genève. Cinq représentent de nouvelles collaborations avec notre institution. Un signal fort de l’engagement croissant des entreprises locales pour l'insertion professionnelle. 

Au total, 83 candidats et candidates bénéficiaires se sont présentés et ont participé à plus de 130 entretiens !

Jobdating 3 mars


La matinée a débuté dès 8h00 avec un accueil café-croissants, favorisant un premier contact informel entre les représentants des entreprises et les équipes organisatrices de l'Hospice général. Dès 8h45, les premiers candidats ont été reçus pour des entretiens courts, rythmés et ciblés, jusqu’à midi.

Le principe était simple mais ambitieux : se détacher du tri classique sur CV pour privilégier une première rencontre humaine. « Le plus difficile est de décrocher le premier entretien », confirme Ricardo, organisateur de cette manifestation. Dans un marché du travail saturé, où la sélection sur dossier peut écarter des profils atypiques ou en reconversion, cette formule permet de redonner la place à des éléments essentiels d’un recrutement réussi : la motivation, la personnalité et le potentiel.

Les secteurs représentés correspondent à des domaines à fort besoin de main-d’œuvre, surtout à cette période de l’année, et offrant de réelles opportunités d’insertion.
 


Des parcours de vie, des projets professionnels

Shahla, arrivée d’Iran il y a sept ans, a passé deux entretiens auprès d’ISS et de Vebego pour des postes d’agente de propreté. « J’espère avoir une réponse positive, pouvoir enfin sortir de l’aide sociale et ainsi retrouver mon indépendance et autonomie. »

José, fort d’une expérience en nettoyage de plusieurs années aux HUG et de 12 ans en tant que machiniste, a engagé une reconversion professionnelle. Après une formation d’aide-maçon chez réalise, il a rencontré les équipes de recrutement de Guimet, Colas et Orllati. « Décrocher un stage ou un emploi me permettrait de mettre en pratique ce que j’ai appris et d’accéder à l’étape suivante. »

Ahmed, originaire de Côte d’Ivoire, met en avant sa polyvalence, acquise grâce à plusieurs expériences professionnelles dans son pays d’origine : maçon, agriculteur, chauffeur de taxi. Après un stage d’un mois en tant qu’aide-voirie chez Transvoirie, il se dit prêt à saisir toute opportunité : « Je suis ouvert à tout type de postes. Je veux juste travailler. »

Emmanuel, qui a récemment effectué un stage d’échafaudeur, a eu un entretien chez Guimet pour un poste d’aide-maçon. Lors de l’entretien, il a su démontrer sa connaissance des risques du métier et des consignes de sécurité. « Je pense avoir marqué des points en évoquant l'aspect sécuritaire. »

Eren, technicien électronique de formation, a eu plusieurs expériences dans l’hôtellerie genevoise comme portier. Cette fonction implique aussi de maintenir propres les espaces communs. Ce mardi matin, il vient rencontrer des entreprises de nettoyage pour un poste dans l’entretien. « Mon souhait est d’avoir une vie professionnelle stable pour préserver ma vie de famille et surtout ma petite fille de 6 ans. Dans un emploi, j’adore être occupé et toujours en mouvement. J’aurais davantage la crainte de passer une journée derrière un ordinateur que de devoir travailler dehors par -5° ! »

Témoignages candidats


Ces témoignages traduisent une volonté commune : accéder à un emploi stable, valoriser ses compétences et retrouver une autonomie économique.
 


Recruter autrement : le regard des entreprises

Les retours des équipes de recrutement des différentes entreprises témoignent de la pertinence de l’événement.

Pour l’entreprise Jacquet, le format a permis de « rencontrer des personnes que l’on n’aurait pas eu l’occasion de voir, dont le CV n’aurait pas forcément été retenu. Nous avons eu en face de nous des candidats extrêmement motivés et c’est un plaisir de pouvoir leur donner une chance ».
Sur les 14 candidats, deux véritables « coups de cœur » ont émergé et deux autres profils ont été jugés très intéressants. La plupart des autres n’avaient malheureusement pas un niveau de français suffisant, souvent considéré comme le principal obstacle.

Du côté de Vebego, active notamment dans le nettoyage des cabines d’avion, la dimension humaine de la démarche est essentielle : « Nous apprécions le côté symbolique de pouvoir donner leur chance à des personnes issues de l’asile et venant parfois de loin dans le secteur de l’aviation. »
L’entreprise insiste sur l’importance du contact direct : « Cet événement permet de se baser sur une réelle rencontre, sur une personne, sur un feeling et pas uniquement sur un CV ou un dossier ressemblant à tous les autres. »

Le bilan est également positif chez Colas : sur 15 candidats rencontrés, six ont été retenus, principalement pour des expériences en génie civil. L’entreprise évoque un processus « rapide et ciblé », particulièrement utile à une période où les besoins en personnel sont importants.

Antonio Neves, directeur de l’entreprise de carrelage Jean Lanoir, remarque que le français est aussi un frein pour beaucoup. Pour ce corps de métier, c’est essentiel de comprendre les consignes. Cela dit, trois candidats ont retenu son attention. Il a particulièrement apprécié leur motivation. « Notre métier est malheureusement de plus en plus dénigré, pas valorisé comme il le devrait. C’est appréciable de rencontrer des personnes qui se réjouissent de voir le résultat d’un travail terminé. »

Antonio Neves, directeur de Jean Lanoir
Antonio Neves, directeur de l'entreprise de carrelage Jean Lanoir


Ces témoignages confirment un enjeu majeur : face aux tensions du marché de l'emploi, élargir les canaux de sélection et les méthodes de recrutement constitue une réponse pragmatique et efficace.

 

Du stage à l’emploi durable

Certains entretiens déboucheront, dans un premier temps, sur des stages d’une à quatre semaines. Loin de constituer une forme de précarité, cette étape permet aux deux parties de valider la compatibilité professionnelle : savoir-être, compétences techniques, respect des règles de sécurité, intégration dans l’équipe…

Si l’expérience est concluante, l’entreprise peut ensuite proposer une mission intérimaire ou un contrat fixe, sans période d’essai supplémentaire. Cette approche sécurise le parcours du candidat tout en rassurant l’employeur, et ce, afin de viser une insertion durable.

Tout au long de ce processus, les employeurs sont assurés que les bénéficiaires sont toujours accompagnés par l’équipe de contact entreprise. « On ne les lâche pas comme ça, » plaisante Ricardo.

Un partenariat gagnant-gagnant

Pour l’équipe de contact entreprise et du service insertion professionnelle, ce type d’événement démontre l’importance d’un travail de proximité avec le tissu économique local. Pour les entreprises, il offre un accès direct et immédiat à un vivier de candidats motivés, disponibles rapidement et prêts à s’investir. Pour les personnes suivies par notre institution, il représente une chance de sortir d’une situation d’assistance et de redevenir pleinement actrices de leur parcours.

Avec 83 candidats mobilisés et plus de 130 entretiens organisés en une seule matinée, l’initiative illustre la capacité du service insertion professionnelle et de l’unité contact entreprise à créer des passerelles efficaces entre le monde économique et social. Au-delà des chiffres, cet événement rappelle une évidence : l’insertion professionnelle repose avant tout sur la rencontre.

Et la suite ? « Nous allons déjà commencer par un bilan de ce premier événement et surtout en évaluer les résultats, » pondère Ricardo. Cela dit, il nous confie qu’une rencontre avec le secteur porteur de la restauration pourrait être à l’ordre du jour prochainement.

L'équipe contact entreprise
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