Le 21 mars coïncide chaque année avec Norouz, le nouvel an persan et fête du printemps célébrée par des millions de personnes à travers le monde. C'est cette date symbolique qu'a choisi le projet Chants des petits mondes pour tenir l'un de ses concerts publics, et il était difficile d'imaginer cadre plus juste pour cet événement.
Dans la paroisse protestante d'Anières, un public venu des horizons les plus divers a pris place samedi soir pour assister à quelque chose d'inhabituel : de jeunes enfants, tous encore à l'école maternelle, montant sur scène pour présenter le fruit de plusieurs mois de travail musical. Trois morceaux interprétés avec une concentration et une fierté palpables, sous les regards émus de leurs familles et des habitants de la commune.
Ce qui rendait la scène particulièrement saisissante, c'était la diversité des instruments : oud, djembé, cura, kamantché, baglama, tombak, darbuka, cajón, violoncelle... Des instruments venus des quatre coins du monde, joués par des enfants tout aussi venus d'ailleurs, et chantant dans plusieurs langues. Un véritable orchestre des petits mondes, à l'image exacte du projet qui les a réunis.
Dans son introduction, Hossein Rad, musicien et co-fondateur de l'association Horan Sounds qui porte le projet, a posé les mots qui en définissent l'esprit : toutes les cultures ont de la valeur, il n'existe pas de hiérarchie entre elles. Une conviction simple, dite avec calme, mais qui résonne dans le contexte genevois avec une force particulière.
Le projet Chants des petits mondes a vu le jour au Centre d'hébergement collectif (CHC) d'Anières, où des cours de musique multiculturels sont proposés aux enfants résidant au foyer, mais aussi aux jeunes de la commune, l'idée étant précisément de tisser des liens entre ces deux mondes à travers les échanges culturels. Rendu possible grâce aux dons privés, il offre un enseignement musical multiculturel aux enfants de 6 à 12 ans, et célèbre ainsi la diversité musicale et linguistique qui existe dans le canton de Genève.
La soirée ne s'est pas arrêtée au concert des enfants. Deux artistes afghans, Ustad Ghulam Hussain et Gholam Nejrawi, ont ensuite pris la scène pour un concert d'une toute autre ampleur, prolongeant la soirée dans la beauté de la musique traditionnelle afghane. Un passage de témoin symbolique entre les générations, entre les amateurs et les maîtres, entre l'apprentissage et l'art accompli.
La soirée s'est terminée autour d'un apéro dinatoire, dans la chaleur et la bonne humeur partagée.
Ce soir-là à Anières, Norouz trouvait un écho particulier : là où le monde se déchire, ces enfants venus de tous les horizons nous offraient la preuve simple et lumineuse qu'un autre monde est bien possible.