Comment sortir de l’isolement pour les uns et s’intégrer à Genève pour les autres
Badia Sghiour, responsable des animations à l’EMS Stella, et Patrick Olivas, travailleur social à l’Hospice général, sont d’anciens collègues. Ce printemps, ils ont organisé un goûter destiné aux populations dont ils s’occupent respectivement : des personnes âgées et des hommes seuls issus de l’asile. Cette rencontre a été suivie par une sortie au bord du lac. Pour la troisième activité, un atelier de cuisine syrienne qui a lieu lors d’une belle après-midi d’automne, nous nous retrouvons à l’EMS Stella.


Six jeunes hommes récemment arrivés à Genève et six seniors sont présents. C’est Mohamed, qui travaillait en tant que chef en Syrie, qui a concocté le menu : des chich taouk (brochettes de poulet) accompagnées de fattoush (salade composée de laitue, tomates, oignons et sumac) et de riz safrané. « Je suis un peu stressé mais aussi très content de pouvoir faire découvrir les spécialités de mon pays », déclare le jeune homme avec un sourire. L’ambiance est joyeuse et conviviale. Chacun enfile son tablier et les jeunes revêtent même une toque. Pendant que Mohamed mène les opérations, ses amis distribuent les ustensiles et les ingrédients aux résidentes et résidents de Stella.
Rosa, qui porte à merveille ses 104 ans, fait équipe avec Amer, le benjamin du groupe âgé de 19 ans. Malgré la barrière linguistique et culturelle, le courant passe bien entre ces deux-là. « Moi non plus, je ne suis pas d’ici. Je viens d’Uri en Suisse centrale » chuchote la vigoureuse centenaire. » Lorsqu’on lui fait remarquer qu’ils ont plus de 80 ans d’écart, Rosa s’esclaffe : « C’est dommage, on ne peut pas se marier. » Par l’entremise de Badia, qui s’est improvisée interprète pour l’occasion, Amer s’exclame : « Ma grand-mère a 70 ans mais trois fois moins d’énergie que Rosa. » Ravie, la doyenne de l’EMS nous livre le secret de sa longévité : prendre la vie comme elle vient, sans trop réfléchir.
Si la communication n’est pas toujours aisée, les participants parviennent à briser la glace et à se faire comprendre par des gestes simples et des sourires. Hasan prête ainsi une grande attention à Carlos, octogénaire : « C’est important d’écouter nos aînés. Par respect et aussi parce qu’ils ont toujours quelque chose à nous apprendre. » Hossam, 23 ans, abonde : « Dans notre culture, on a un respect énorme pour les personnes âgées. Si ma grand-mère me demande de faire quelque chose, je ne discute pas, je le fais. »

L’atelier touche à sa fin mais il n’est pas encore l’heure de se dire au revoir. Les plus jeunes s’affairent au nettoyage pendant que le poulet et le riz cuisent. A 18h, toutes et tous s’attablent pour partager le repas préparé ensemble. C’est l’occasion de goûter les saveurs d’une cuisine jusqu’ici inconnue pour certaines. L’une des participantes souligne la qualité des mets et se ressert même plusieurs fois du dessert, soucieuse d’« honorer et de respecter les invités », dit-elle.
D’un côté comme de l’autre, les retours sont très positifs : « Plusieurs bénéficiaires m’ont écrit pour me dire à quel point ils avaient été heureux de participer à cette activité » raconte Patrick. Il poursuit : « Les bénéficiaires comme les résidents se sentent écoutés, respectés et surtout utiles. Chacun trouve sa place, se sent reconnu et contribue à créer un échange humain riche et authentique ». Badia partage cet avis : « Les résidents sont souvent confrontés à l’isolement et ils se réjouissent toujours beaucoup de ces moments et de ces échanges. »

